Hommage à Samuel Paty

Campus Tertre de l’Université de Nantes

Vendredi dernier, nous avons été plongés dans la sidération, à l’annonce de l’acte terroriste qui a ôté, d’une manière délibérément choquante et lourde de pesant symbole, la vie à un de nos collègues, professeur d’histoire-géographie à Conflans Sainte-Honorine, Samuel Paty.

Dans l’assassinat d’un professeur, c’est la République et son école qui sont visées. Au travers de son corps d'enseignant, c'est bien le corps enseignant qui est blessé, ainsi que notre idée de la transmission du savoir par l'enseignement dont nous, l’université, sommes partie intégrante. L’UFR d’histoire, histoire de l’art et archéologie de notre université s’est sentie particulièrement touchée, elle qui forme en ce moment même, avec l’INSPé et l’IGARUN, les futurs collègues de Samuel Paty. Mais c’est toute l’université dans tous ses membres, étudiants, enseignants, enseignants-chercheurs, personnels administratifs, toute cette communauté qui vit des valeurs de la République, qui doit rendre hommage à notre collègue.

Comment rester décent, face à tant d’indécence ? Comment porter les paroles adéquates, lorsqu’on est face à l’indicible ? Comment, surtout, ne pas laisser le dernier mot à l’outrance terroriste dont le but est de créer la peur et la dissension, de semer la défiance et le ressentiment ?

Notre décence, ce sera notre attachement aux valeurs de la République sauvagement attaquées, et sans lesquelles il n’est pas de démocratie vivante ni de concorde sociale dans la durée.

Notre parole ce sera la devise de notre République qui n’oublie pas la fraternité.

Notre dernier mot, ce sera notre résistance collective pour l’école de la République, comme instrument d’instruction, d’émancipation intellectuelle, d’esprit critique et de respect.

Nous avons de qui tenir. Nous sommes les enfants des Lumières. De celles-là qui ont ri des dogmes chrétiens dans les Lettres persanes, et caricaturé les faux dévots dans Tartuffe. De celles-là qui ont voulu écraser l’Infâme, alors même que l’Infâme était soutenue par le pouvoir du roi. De celles-là qui ont défendu Calas, hurlé contre les tortures du chevalier de la Barre, promu le droit à l’athéisme, tout en défendant le droit à adhérer à une religion. Et qui ont abouti, in fine, à la loi de 1881 sur la liberté de la presse, à la Séparation de l’Église et de l’État en 1905, et à la liberté d’expression.

Il y a un temps pour la parole, et un temps pour le silence.

Aujourd’hui, nous ferons silence, en hommage à Samuel Paty, en signe de deuil pour sa vie arrachée, en témoignage de tristesse et de condoléance à l’égard de sa famille et de ses proches. Mais aussi en signe de recueillement collectif et d’engagement commun pour les valeurs républicaines qui nous rassemblent et que nous faisons grandir dans l’enceinte de notre université.

Nantes, le 20 octobre 2020

Annick Peters-Custot

Directrice de l’UFR Histoire, Histoire de l’art et Archéologie
 

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