UN RETOUR À LA NORMALE ?

Pour commencer, toute la rédaction de la Plume de Tertre souhaite une bonne année et la meilleure réussite professionnelle et privée à tous ses lecteurs. On espère poursuivre l'aventure avec vous encore et encore, nourrir votre savoir et vous motiver à aller chercher plus loin. Nous sommes sensibles à ce que vivent de nombreux étudiants ces derniers temps, notamment au niveau du suivi des cours et le dégoût que peut procurer l'enseignement à distance. La situation universitaire vient de s'améliorer en ce début d'année avec un retour à l'université. Mais pouvons-nous parler de normalité ? Sur la forme, les gens portent le masque dans les lieux clos mais cette norme semble s'être installée durablement aujourd'hui. Parlons plutôt de la normalité dans les relations entre ceux qui font vivre l'université. Est ce que cette période a creusé encore l'écart entre les différents acteurs de l'université ? Exposons quelques faits.

Tout d'abord, l'enseignement a pu continuer grâce au numérique. C'est une bonne chose pour le bien de tous. L'administration a fait en sorte de former plusieurs professeurs à la plateforme de réunions Zoom. Les étudiants l'ont bien vu et ils ont réussi dans l'ensemble à se connecter et à reprendre l'idée. La preuve en est de notre utilisation de Zoom pour nos réunions à la rédaction de la Plume. Cependant il faut prendre en compte le fait que notre génération, pour la plupart, a grandi à l'ère du numérique et que beaucoup commencent à saturer. Passer sa journée devant un écran est bien évidemment quelque chose de nocif. D'un point de vue personnel, j'ai profité de cette situation pour retrouver le goût de la lecture, sortir dans les limites que la situation nous impose à tous. Mais qu'en est-il de nos études ? On sait que la fatigue s'empare de plusieurs étudiants et elle entraîne ensuite la lassitude et parfois même des envies d'abandon. Un individu a un lieu de domicile et un lieu de travail, où s'il est itinérant, un véhicule attitré à son activité professionnelle. La routine quotidienne de rejoindre le lieu de travail puis d'avoir la sensation de rentrer chez soi est peut-être anodine. Il n'en est pas moins vrai que ce simple déplacement, cette simple action, active un habitus qui nous permet de différencier la sphère privée de la sphère professionnelle. Bien sûr, certains travaillent à domicile mais dans l'enseignement supérieur, le savoir est octroyé depuis longtemps en présentiel. C'est pourquoi on peut supposer que la perte de cette habitude de se rendre à la fac a pu perturber la concentration et déboussoler certains étudiants dans leurs études. Le retour en demi-groupes, qui semble raisonnable vu la situation sanitaire, est une bonne chose. Les étudiants critiquent peu le retour à l'université. Le deuxième fait, et l'effet négatif qui découle de l'absence d'enseignement en présentiel, est la dégradation de la communication entre l'administration et les étudiants. Nous exposons des faits ici, je ne me permets pas de juger. Une épreuve de géographie a été
annulée à cause d'une erreur administrative. L'administration a présenté ses excuses aux étudiants de géographie, qui ont du relayer l'information à ceux de Licence 3 Parcours Histoire-Géographie. Ils seraient informés deux semaines à l'avance d'un rattrapage.
Quelques jours plus tard, les étudiants reçoivent un mail leur indiquant qu'ils rattrapent l'épreuve deux jours plus tard. L'administration signale qu'elle peut le faire car c'est légalement possible. Les étudiants ont pu par ailleurs régler leurs révisions et apprendre un rattrapage deux jours plus tard peut causer du tort à certains. S'il y a un droit légal, on peut dresser l'argument moral contre celui-ci. La communication est touchée, les esprits s'échauffent pour des questions déjà très sensibles. Les professeurs ont eux aussi noté le manque de tact de certains étudiants dans leurs mails. Après l'incendie du SUAPS, il aurait fallu du tact. On sait éperdument que c'est une situation inédite pour chacun d'entre nous, professeurs et étudiants mais, entre possibles futurs collègues, il faudrait éviter de généraliser et d'utiliser un événement isolé et généralisé contre l'ensemble des étudiants. Une majorité
d'étudiants est même silencieuse et se plie à la plupart des décisions pour un bon fonctionnement du système universitaire. Lorsque des étudiants adressent leur peine à la présidente de l'université, peut-être maladroitement, les avoir dressés en résistance contre une hiérarchie, qu'il reconnaisse bel et bien, fut peut-être une mauvaise idée. Ils restent d'ailleurs à l'écoute et à disposition des professeurs. Même, ils reconnaissent les efforts de plusieurs professeurs, qui n'abandonnent pas leurs élèves. Nous les remercions.

Pour conclure, l'enseignement supérieur n'est pas une usine de production de savoir humain mais bien un lieu d'effervescence des savoirs et de relations humaines, encore plus dans notre UFR. La déclaration de Madame Vidal sur la volonté de limiter l'"islamogauchisme universitaire", qui n'a aucun sens scientifique et donc aucune légitimité, pourrait bel et bien réactiver la recherche, professeurs et étudiants, dans une lutte commune et sûrement bien venue en ce moment. Bonne année 2021.

 
PAR AYMERIC HIMBERT

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