Revonantes
RêvoNantes est un nouveau projet créé par trois étudiants en Master Recherche Histoire à la Faculté de Nantes, passionnés par leurs études et curieux de développer de nouvelles manières de penser et de faire l’histoire.
Venez découvrir (ou redécouvrir) le passé à travers nos capsules audios, mêlant archives et reconstitutions sonores pour vous plonger au coeur de la vie des Nantais pendant la Révolution française !

L'association RêvoNantes a pour vocation de construire un parcours sonore dans le centre historique de Nantes, jalonné de plusieurs étapes.
L'écoute des capsules peut se faire depuis n'importe quel support informatique, mais nous vous conseillons de vous tenir sur la Place du Bouffay afin de mieux vous immerger dans la scène racontée.  


Ce projet est d’abord né d’un travail noté. Par manque de moyens financiers et en raison de la crise sanitaire, nous avons réalisé cette première capsule avec nos propres compétences, entourés par des acteurs variés de différents métiers, et en nous formant par la pratique. C’est la raison pour laquelle le mixage audio n’est pas parfait ou que plusieurs petits défauts se mêlent à ce travail amateur. Grâce à notre association RêvoNantes, nous souhaitons parfaire le concept et créer, par la suite, des capsules professionnelles.


Capsule N°1 -  Place du Bouffay : l'exécution des sœurs de la Métairie (19 décembre 1793)

Place du Bouffay - Vers 1744 Antoine Hénon (1713-1789) Aquarelle 23.2 x 43.8 Musée Dobrée, inv.956.1.355 Dans cette première capsule, nous vous proposons un voyage sur la Place du Bouffay, le 19 décembre 1793 (29 frimaire an II), à travers le témoignage d’une poissonnière nantaise, Jeanne Laillet, qui raconte l’exécution de quatre femmes : les soeurs de la Métairie. Derrière ce récit, c’est l’histoire de la répression des contre-révolutionnaires sous la Terreur qui est traitée. Le Comité révolutionnaire nantais, dirigé par Jean-Baptiste Carrier, arrête et condamne à mort de nombreux royalistes ou des personnes affiliés de près ou de loin aux rebelles vendéens. Fusillés, noyés, guillotinés, les exécutions font partie du quotidien des habitants qui, depuis l’automne 1793 et l’intensification de la répression, portent moins d’attention à ces condamnations.

Bonne écoute !

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N’hésitez pas à donner votre avis sur ce ce formulaire , cela nous permettra de parfaire notre concept.
Merci d'avance ! 
 

Remerciements

  • Acteurs :
    • Faustine Boutet, étudiante au conservatoire de Nantes (Jeanne Laillet)
    • Charles Guemas (Narrateur)
    • Antoine Laroye, étudiant au conservatoire de Nantes (Juge)
    • Eline Le Cleac’h (Soeur de la Métairie + passante)
    • Laura Catrou (Soeur de la Métairie + passante)
    • Nolwenn Roux (Passante)
    • Tugdual Rouger (Passant)
    • Maxence Visset (Passant)
    • Axel Jahan (Passant)
    • Gillian Tilly (Passante)
    • Jérémie Van de Voorde (Passant)
    • Jean Le Peltier (auteur et comédien, aide à la scénarisation de la capsule)
  • Historiens / archéologues du son :
    • Isabelle Backouche (directrice d'études de l'EHESS)
    • Sarah Gensburger (chargée de recherches au CNRS)
    • Mylène Pardoen (docteure en musicologie et archéologue sonore)
    • Jean-Clément Martin (professeur émérite de l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et
    • spécialiste de la Révolution française)
  • Techniciens du son :
    • Eric Quézin (responsable du Pôle Audiovisuel et Multimédia de la Faculté)
    • Salomé Benoist (technicienne de la radio Jet FM)
  • Soutiens Universitaires :
    • Yann Lignereux (professeur d'Histoire Moderne)
    • Annick Peters Custot (directrice de l'UFR Histoire, Histoire de l'Art et Archéologie)
    • Wilfried Cariou (enseignant et responsable informatique)
    • Evelyne Leveziel (chargée de communication et de gestion administrative de l'UFR d'Histoire)
    • Guillaume Brochet (responsable des relations au public au TU)

Bibliographie

 
  • Sur la guerre de Vendée et l’administration nantaise sous la Terreur
    • GOMEZ-LE CHEVANTON Corinne, “Le procès Carrier. Enjeux politiques, pédagogie collective et construction mémorielle”, Annales historiques de la Révolution française, n° 343, janvier-mars 2006.
    • MARTIN Jean-Clément, La guerre de Vendée (1793-1800), Paris, Points, 2014.
    • MARTIN Jean-Clément, Nantes et la Révolution, Nantes, Editions du château des ducs de Bretagne, 2017.
  • Sur les exécutions
    • BASTIEN Pascal, Une histoire de la peine de mort. Bourreaux et supplices. 1500-1800, Paris, Seuil, 2011.
    • DE BAECQUE Antoine, La gloire et l’effroi. Sept morts sous la Terreur, Paris, Grasset, 1997.
    • HERVE Bruno, "Noyades, fusillades, exécutions : les mises à mort des brigands entre justice et massacres en Loire-Inférieure en l’an II", La Révolution française, Les massacres aux temps des Révolutions, n°3, 2011.
  • Ouvrages anciens
    • LALLIÉ Alfred, Notes concernant l'histoire, Bouffay de Nantes 1625-1794, Nantes, 1865.
    • LALLIÉ Alfred, Les prisons de Nantes pendant la Révolution, Nantes, 1912.
    • NOUGARET Pierre-Jean-Baptiste, Histoire des prisons de Paris et des départemens, Tome 3, 1797.
    • LOCKROY Edouard, Une mission en Vendée 1793, Notes recueillies, seconde édition, Paris, 1893.
    • LALLIÉ Alfred, Notes concernant l'histoire, Bouffay de Nantes 1625-1794, Nantes, 1865.
    • LALLIÉ Alfred, Les prisons de Nantes pendant la Révolution, Nantes, 1912.

Le contexte historique de la capsule

La révolution à Nantes
L’événement raconté dans cette capsule se déroule pendant la Révolution française, et plus précisément pendant la période appelée encore aujourd’hui la Terreur (septembre 1793-juillet 1794). En Loire-Inférieure (l’ancien nom de la Loire-Atlantique) et dans les départements alentours, la guerre civile dite de Vendée, opposant les troupes républicaines à des groupes de révoltés royalistes, débute en mars 1793. C’est à cette date qu’un appareil juridique est conçu spécialement pour lutter plus efficacement contre les mouvements contre-révolutionnaires qui traversent le pays. Le 19 mars 1793, la Convention Nationale promulgue un décret, instituant que toute personne surprise les armes à la main ou portant la cocarde blanche royaliste, sera arrêtée et déclarée hors-la-loi, puis exécutée dans les 24 heures. Le décret stipule ordinairement un passage obligé devant une instance judiciaire chargée de confirmer, ou non, les accusations portées contre ces individus. Mais en réalité, le décret est rapidement appliqué de façon arbitraire par des juges ou des administrateurs de districts.

Le 29 septembre 1793, Jean-Baptiste Carrier est envoyé à Nantes par la Convention pour veiller au maintien de l’ordre et à la bonne application des lois à l’échelle locale. Sous son autorité, la
répression devient plus meurtrière. Un comité révolutionnaire est alors créé, ainsi qu’une commission, surnommée “Lenoir”, chargés tous deux de juger plus spécifiquement toutes personnes accusées de participer aux guerres contre-révolutionnaires. Sous l’administration de Carrier, un nouvel arrêté définit comme "traîtres" tous ceux qui soutiennent, directement ou indirectement, les rebelles. Il permet alors d’étendre les arrestations : entre décembre 1793 et février 1794, la répression atteint une importance considérable. La guillotine, bien que spectaculaire, n'est alors pas le seul moyen d'exécution, beaucoup d'autres condamnés sont fusillés ou encore noyés.
 
Exécution des sœurs de la Métairie
C’est donc dans ce contexte particulièrement violent qu’a lieu l’événement raconté dans la capsule. Vingt-sept personnes sont arrêtées au nord du département, aux alentours de Nozay, parmi lesquelles se trouvent les quatre sœurs de la Métairie ainsi que trois autres femmes. La présence de femmes dans les rangs des contre-révolutionnaires n’est pas inhabituelle, elles sont nombreuses à participer à la révolte royaliste. Toutefois, la présence des quatre sœurs n’est pas expliquée : faisaient-elles partie d’un groupe armé ? Fuyaient-elles les combats ? L’acte d’accusation est laconique : les 27 individus sont surpris “les armes à la main”, ce qui justifie leur condamnation à mort aux yeux de la loi.
  Les quatre femmes sont emmenées immédiatement à la prison du Bon Pasteur, l’un des nombreux lieux d’incarcération nantais transformés en maisons d’arrêts pendant cette période. Leur passage à la prison du Bon-Pasteur est express, elles sont transférées le jour-même à la prison du Bouffay, leur dernier lieu de détention avant leur exécution le lendemain matin.
ADLA L 880, Registre des écrous du Bon Pasteur ADLA L 880, Registre des écrous du Bon Pasteur (3.)

L’ordre d’exécution est donné par Jean-Baptiste Carrier, sans qu’aucun jugement devant un tribunal ou une commission n’ait semble-t-il eu lieu, contrairement à ce que prévoit la loi. Carrier demande au président du tribunal criminel “de faire exécuter sur le champ sans jugement les vingt sept Brigands” (1 J 746).
 Place du Bouffay, ancienne Monnaie démolie, début du 19e siècle, Lavis à l’encre de chine, 30.2 x 47.9, Musée Dobrée, inv.903.2.16
La Place du Bouffay est à l’époque un espace d’échanges : à la fois place de marché, quai pour certains navires de marchandises et lieu de passage pour les habitants du sud de la Loire qui souhaitaient se rendre à Nantes. Pendant la Révolution française, on y installe la guillotine afin d’y exécuter les condamnés.   (4.)

A 9 heures du matin, même au début de l’hiver, de nombreuses personnes devaient déjà y circuler : l’activité était donc importante autour de la guillotine. Celle-ci était un engin facilement repérable et identifiable de loin par sa position surélevée sur une plate-forme et par sa couleur rouge. Le nombre total de guillotinés atteint approximativement les 200 condamnations entre octobre 1793 et janvier 1794, ce qui est relativement peu en comparaison des fusillés et noyés qui s’élèvent à plusieurs milliers de morts (le nombre exact n’est pas établi).
"Document relatif à l'établissement de la guillotine à Nantes" Papier, encre 1793 M boîte 251 Inv. 936.5.1 (1 et 2) Musée Dobrée - Grand Patrimoine de Loire-Atlantique "Document relatif à l'établissement de la guillotine à Nantes" Papier, encre 1793 M boîte 251 Inv. 936.5.1 (1 et 2) Musée Dobrée - Grand Patrimoine de Loire-Atlantique   (5.)

Le jour de l’exécution, certains passants se sont probablement arrêtés face à la guillotine, attirés par ce spectacle, mais la plupart ont poursuivi leur route, occupés par leurs propres affaires et lassés d’un spectacle devenu commun. L’exécution des 27 condamnés a duré bien plus d’une heure, le processus de la guillotine nécessitant un certain délais pour installer le prisonnier sur la planche, avant de faire tomber la lame, de détacher le corps et le placer sur une charrette, puis d’installer un nouveau condamné, après avoir remonté la lame.

BONNEVILLE François, Portrait en buste de J.B. Carrier inscrit dans un ovale, estampe, 25x19,1cm, conservé à l'écomusée de la Bintinais. La poissonnière Jeanne Laillet, que l’on entend dans la capsule, n’a pas pu raconter les détails de l’exécution lors de son témoignage à Paris puisqu’elle était elle-même prisonnière au Bouffay. C’est comme témoin des actes du Comité révolutionnaire au sein de la prison qu’elle comparaît au Tribunal révolutionnaire de Paris, dans le cadre du procès qui se tient contre les acteurs de la Terreur nantaise. Plusieurs procès se succèdent : le premier (8-15 septembre 1794) accuse 94 Nantais de fédéralisme, en d’autres termes d’être en opposition avec les idées de la Convention. Le deuxième(16 octobre-16 décembre 1794) juge les membres du Comité révolutionnaire nantais auquel s’ajoute, en cours de procédure, le procès de Jean-Baptiste Carrier à partir du 27 novembre 1794.   (6.)
 
Les circonstances du procès de Jean-Baptiste Carrier
Entre 1794 et 1799, eau-forte, burin, 12,5 x 8 cm, BNF, département Estampes et photographie, RESERVE QB-370 (47)-FT 4. Ce dernier procès fait suite à la condamnation, par la Convention, des députés jugés trop radicaux, dont Robespierre faisait partie (27 juillet 1794). Les députés restants décident de tourner la
page de la Terreur en désignant des coupables. Jean-Baptiste Carrier avait déjà quitté Nantes le 10 février 1794, rappelé à Paris par Robespierre suite aux critiques qu’avaient soulevé ses
méthodes. En avril suivant, deux membres de l’administration nantaise sont exécutés pour ces excès. Mais à l’automne, la Convention décide d’aller plus loin en organisant le procès du Comité révolutionnaire et celui de Carrier, appuyé par la presse anti-jacobine qui fait circuler des récits et plusieurs estampes des noyades. La Convention trouve dans Carrier la parfaite incarnation de la Terreur qu’il faut désormais supprimer.  (7.)

Bulletin du Tribunal criminel révolutionnaire, vol 6, n°77, p. 307. Le Bulletin du Tribunal criminel révolutionnaire a constitué la source principale de cette capsule (8.). Ce bulletin est un journal qui retranscrit l’ensemble des débats et interventions des accusés et témoins qui ont eu lieu lors du procès de Carrier et du Comité révolutionnaire nantais. Grâce à cette source, nous avons pu retrouver les mots exacts employés par Jeanne Laillet pour dénoncer l’exécution du 19 décembre 1793. Elle a fait partie des 220 témoins entendus en octobre-décembre 1794.
Ce n’était pas sa première intervention dans le procès. La poissonnière avait déjà dénoncé à plusieurs reprises le rôle des membres du Comité révolutionnaire durant les noyades. Le témoignage qu’elle délivre au juge concernant les sœurs de la Métairie est donc à considérer dans cet ensemble d’accusations qu’elle, et d’autres Nantais, portent contre le Comité révolutionnaire et Jean-Baptiste Carrier (9.). Le poids du témoignage de Jeanne Laillet dans ce procès est important puisqu’il figure parmi les premiers chefs de condamnation lors de la proclamation de la sentence finale contre Carrier (10.)

Après plus d’un mois de procès, et au regard de l’ensemble des preuves accumulées contre lui, Jean-Baptiste Carrier est condamné à mort. Le 16 décembre 1794, celui-ci est amené place de Grève à Paris, afin d’être exécuté, lui aussi, à la guillotine. Cette exécution dépasse la simple figure de Carrier, derrière lui c’est surtout la période de la Terreur et les idées jacobines que la Convention cherche à effacer. Les témoignages de Jeanne participent, indirectement, à l'évacuation de cette politique ambivalente de l’an II (1793-1794), de cette république à la fois sociale et répressive.


Liste des sources :
(1.) (peinture figurant en illustration de la capsule) : HENON Antoine, vers 1744, Aquarelle, 23.2x43.8, Musée Dobrée, inventaire 956.1.355.
(2.) ADLA, 1 J 746, Registre des jugements du Tribunal criminel révolutionnaire de Nantes
(3.) ADLA, L 880, Registre des écrous du Bon Pasteur.
(4.) Place du Bouffay, ancienne Monnaie démolie, début XIXe siècle, Lavis à l'encre de Chine, 30.2x47.9, Musée Dobrée, invetnaire 903.2.16.
(5.) "Document relatif à l'établissement de la guillotine à Nantes" (1793), Musée Dobrée, M boîte 251, inventaire 936.5.1 (1 et 2).
(6.) BONNEVILLE François, Portrait en buste de Jean-Baptiste Carrier inscrit dans un ovale, estampe, 25x19.1, Ecomusée de la Bintinais.
(7.) Entre 1794 et 1799, eau-forte et burin, 12.5x8, BNF, département Estampes et photographies, réserve QB-370 (47)-FT 4.
(8.) "Bulletin du Tribunal criminel révolutionnaire, établi au Palais, à Paris, par la loi du 10 mars 1793, pour juger sans appel les conspirateurs", Paris, Chez Clément, vol. 6, n°77, p. 307.
(9.) "Bulletin du Tribunal criminel révolutionnaire, établi au Palais, à Paris, par la loi du 10 mars 1793, pour juger sans appel les conspirateurs", Paris, Chez Clément, vol. 6, n°72, p. 286.
(10.) "Bulletin du Tribunal criminel révolutionnaire, établi au Palais, à Paris, par la loi du 10 mars 1793, pour juger sans appel les conspirateurs", Paris, Chez Clément, vol. 7, n°20, p. 77.

 



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